L'Organisation du traité de l'Atlantique Nord a officiellement écarté toute possibilité de suspendre ou d'exclure l'Espagne de l'Alliance. Cette mise au point fait suite à des révélations de Reuters concernant un courriel interne du Pentagone qui suggérait des mesures de rétorsion contre les alliés refusant de soutenir les opérations américaines en Iran.

Absence de base légale pour l'expulsion

L'OTAN confirme que le Traité de Washington ne contient aucun mécanisme permettant de suspendre ou d'exclure un État membre.

Fuite d'un document du Pentagone

Un courriel interne suggérait des sanctions contre les alliés, dont l'Espagne, n'ayant pas soutenu les opérations américaines en Iran.

Engagement de l'Espagne réaffirmé

Pedro Sánchez souligne que l'Espagne consacre désormais 2,1 % de son PIB à la défense et participe activement aux déploiements en Europe de l'Est.

L'OTAN a officiellement exclu toute possibilité de suspendre ou d'expulser l'Espagne de l'Alliance, précisant que le Traité de Washington ne prévoit aucun mécanisme juridique pour une telle action. Cette déclaration intervient après que l'agence Reuters a rapporté qu'un courriel interne du Pentagone proposait d'étudier des mesures punitives contre les alliés n'ayant pas soutenu les opérations des États-Unis lors du conflit avec l'Iran. Un responsable de l'OTAN, s'exprimant auprès du quotidien espagnol El Mundo, a clarifié la situation sans ambiguïté : le traité fondateur « ne prévoit aucun mécanisme pour la suspension d'un membre ni pour son expulsion ». Cette précision survient alors que l'Espagne apparaît dans le document du Pentagone aux côtés d'autres alliés accusés de restreindre les droits d'accès, l'usage des bases et les autorisations de survol. Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, s'exprimant depuis Nicosie où il assistait à une réunion du Conseil européen, a rapidement tenté de calmer le jeu, qualifiant ce courriel interne d'élément sans pertinence pour les relations diplomatiques officielles. Cet épisode a néanmoins suscité des frictions diplomatiques notables dans un contexte de tensions accrues entre Washington et plusieurs capitales européennes.

Le silence du traité sur l'expulsion limite les options de Trump Le porte-parole de l' OTAN a souligné que le document fondateur de l'Alliance n'envisage que deux scénarios concernant l'adhésion : l'entrée de nouveaux membres et le retrait volontaire d'un État existant. En plus de 75 ans d'histoire, aucun État n'a jamais été expulsé, selon les informations de El Confidencial. Le rapport de Reuters reconnaît d'ailleurs cette ambiguïté juridique, notant que le courriel du Pentagone « n'explique pas comment les États-Unis pourraient tenter de suspendre l'Espagne de l'Alliance » et que l'agence « n'a pas pu déterminer l'existence d'un tel mécanisme au sein de l'OTAN ». Des analystes consultés par El Confidencial ont pointé un ensemble plus restreint de moyens de pression pratiques dont dispose Washington hors du cadre du traité, tels que l'annulation de commandes militaires, le retrait du soutien technologique, l'exclusion de certains exercices ou la restriction de l'accès aux bases sous contrôle américain. José Ignacio Torreblanca, du Conseil européen pour les relations internationales, a fait remarquer que le document du Pentagone ne visait pas seulement l'Espagne mais plusieurs membres de l'Alliance, ce qui reflète selon lui une frustration stratégique globale à Washington plutôt qu'un grief spécifique contre Madrid. „Si cela s'applique non seulement à l'Espagne, mais aussi à d'autres alliés, nous sommes face à un signal plus large d'inquiétude sur la manière dont les États-Unis redéfinissent leur relation avec l'OTAN” — José Ignacio Torreblanca via El Confidencial

Sánchez souligne les 2,1 % du PIB et les déploiements en Europe de l'Est Répondant aux journalistes à Nicosie, Pedro Sánchez a présenté la position de l'Espagne comme étant en totale conformité avec ses obligations envers l'Alliance, rejetant l'idée que Madrid ait agi comme un partenaire non fiable. Il a insisté sur le fait que son gouvernement se base sur des documents officiels et les positions formelles des États-Unis, et non sur des courriels internes. M. Sánchez a rappelé que l'Espagne dispose de forces militaires déployées en Europe de l'Est pour défendre l'intégrité territoriale de la région face à la menace russe, et qu'elle soutient également l'Ukraine via les instruments de l'OTAN pour le financement d'achats d'armements. Il a mis en avant les dépenses de défense espagnoles comme preuve d'engagement, notant que le pays a atteint pour la première fois le seuil de 2,1 (% du PIB) — Dépenses de défense de l'Espagne, atteintes pour la première fois en 2026 au cours de l'année actuelle. Il a ajouté que la question des niveaux de dépenses avait déjà été débattue lors d'un précédent sommet de l'OTAN, où un objectif de 5 % du PIB avait été proposé, l'Espagne ayant alors argué que ses engagements capacitaires pouvaient être respectés à hauteur de 2,1 %. „Nous sommes de bons alliés de l'OTAN. Tranquillité absolue” — Pedro Sánchez via La Razón

L'inquiétude européenne sur la fiabilité américaine s'amplifie Cet épisode nourrit un débat européen plus large sur la pérennité de l'engagement américain alors que la frustration de Washington envers ses alliés sur le conflit iranien s'affiche de plus en plus. El Periódico souligne que Donald Trump a utilisé à plusieurs reprises la menace d'expulsion comme levier de pression depuis son retour à la Maison Blanche, appliquant aux alliances internationales la logique qu'il utilise pour ses décisions de personnel au sein de l'administration américaine. Le commentaire mentionne l'appel du Premier ministre polonais Donald Tusk exhortant l'Europe à garantir sa propre sécurité de manière indépendante. „Si nous ne garantissons pas notre sécurité nous-mêmes, personne ne le fera pour nous” — Donald Tusk via El Periódico La réponse de l'OTAN a été calibrée pour limiter l'escalade sans critiquer directement Washington : l'organisation a refusé d'évaluer le mécontentement américain mais a tracé une limite juridique claire, affirmant qu'aucun État membre, quelle que soit sa puissance, ne peut imposer l'expulsion d'un autre. L'architecture de l'Alliance, fondée sur le consensus plutôt que sur la hiérarchie, implique que même des pressions politiques indirectes — comme limiter l'accès d'un pays à des postes de responsabilité — représentent la limite extrême de ce que Washington pourrait réellement entreprendre dans le cadre du traité.

L'Espagne a rejoint l'OTAN en 1982 sous le gouvernement de Leopoldo Calvo-Sotelo, mais cette adhésion est restée très contestée au niveau national. En mars 1986, le Premier ministre Felipe González a organisé un référendum sur le maintien dans l'Alliance, qu'il a remporté malgré des sondages défavorables, stabilisant ainsi la place de l'Espagne pour les décennies suivantes. Le Traité de Washington, signé le 4 avril 1949, a établi l'Alliance sur le principe de défense collective selon l'Article 5 et n'a jamais été amendé pour inclure des dispositions d'expulsion. Le débat sur les dépenses de défense en pourcentage du PIB est une source récurrente de tension entre les États-Unis et les alliés européens à travers les différentes administrations américaines.

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