Dans un entretien accordé au quotidien Le Figaro ce mardi, le premier ministre roumain Ilie Bolojan a mis en garde contre une fracture politique entre l'Union européenne et les États-Unis. En poste depuis juin 2025, le chef du gouvernement appelle à préserver ce partenariat stratégique malgré les tensions actuelles et les conflits en Ukraine et en Iran.

Alerte sur les relations UE-USA

Le Premier ministre roumain juge qu'une rupture politique entre l'Europe et les États-Unis serait catastrophique pour l'Occident.

Réforme institutionnelle

M. Bolojan plaide pour la fin du vote à l'unanimité au sein de l'UE afin d'accélérer la prise de décision économique et politique.

Consolidation budgétaire

La Roumanie vise à réduire son déficit public de 9,3 % au moment de la passation de pouvoir à un objectif de 6,2 % pour 2026.

Partenariat avec la France

Ilie Bolojan souligne l'importance des 10 000 entreprises françaises en Roumanie, citant Renault comme un acteur économique majeur.

Le premier ministre roumain, Ilie Bolojan, a averti dans un entretien publié mardi par le quotidien français Le Figaro qu'une rupture politique entre l'Union européenne et les États-Unis constituerait « une catastrophe pour l'Occident », exhortant les deux parties à préserver leur partenariat stratégique. M. Bolojan a profité de cette intervention pour aborder les inquiétudes concernant l'engagement américain dans la sécurité européenne, les efforts de consolidation budgétaire de la Roumanie et sa vision d'une Union européenne plus intégrée. Cet entretien intervient alors que les conflits prolongés en Ukraine et en Iran avivent le débat européen sur la fiabilité des garanties de sécurité américaines.

„Les États-Unis ont été et continuent d'être un bouclier majeur pour l'Europe, en particulier pour l'Europe de l'Est. Nous considérons que la présence américaine au sein de l'OTAN reste cruciale. Les États-Unis ont également besoin de l'Union européenne. Il m'est difficile d'imaginer le monde occidental sans le partenariat entre les États-Unis et l'Europe, même s'il existe parfois des divergences de vues.” — Ilie Bolojan via Le Figaro

La Roumanie a rejoint l'OTAN en 2004, une étape que M. Bolojan a qualifiée de « moment très important » ayant apporté sécurité et investissements au pays. La guerre entre la Russie et l'Ukraine, entrée dans sa deuxième phase majeure en 2022, a placé la frontière orientale de la Roumanie sous une surveillance stratégique accrue. Le pays accueille des bases militaires de l'OTAN, notamment sous commandement américain et français, et a augmenté son budget de défense en coordination avec l'industrie européenne de l'armement.

Bolojan préconise l'abandon du vote à l'unanimité au sein de l'UE Concernant la réforme des institutions européennes, Ilie Bolojan a pris position contre le vote à l'unanimité au sein des instances décisionnelles. Il soutient que le bloc ne pourra rester compétitif qu'en agissant plus rapidement et avec une plus grande cohésion économique. Bien qu'il n'ait cité aucun pays, le média G4Media rappelle que le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a été le plus fervent utilisateur du veto pour bloquer des mesures de l'UE, notamment l'aide à l'Ukraine. M. Bolojan a déclaré soutenir « une Europe plus intégrée économiquement, sans barrières, dans laquelle les décisions sont prises plus rapidement ». Il a également abordé la réduction des troupes américaines stationnées en Roumanie, la présentant comme une redistribution des responsabilités à l'échelle européenne plutôt que comme un désengagement. „Nous comprenons parallèlement que les Américains demandent aux Européens d'assumer une plus grande part de responsabilité en matière de défense, et nous avons augmenté le budget de la défense grâce à la collaboration avec l'industrie européenne, y compris l'industrie française.” — Ilie Bolojan via Le Figaro Le chef du gouvernement a également salué l'engagement de la France dans la défense du flanc oriental de l'OTAN, décrivant Paris comme « l'un des principaux partenaires de la Roumanie » et « le troisième investisseur dans le pays, avec plus de 10 000 entreprises présentes ».

Déficit hérité à 9,3 %, objectif fixé à 6,2 % Ilie Bolojan a qualifié de sévère la situation économique héritée lors de sa prise de fonction, citant un 9.3 (%) — déficit budgétaire dont Bolojan a hérité à son arrivée au pouvoir et une inflation ayant atteint 10 %, des conditions ayant favorisé, selon lui, un « vote anti-système très marqué ». La priorité du gouvernement est désormais la consolidation fiscale : le déficit de 2025 a été ramené à 7,7 % avec une cible de 6,2 % fixée pour 2026. M. Bolojan a reconnu la difficulté de la tâche.

„L'année dernière, il était de 7,7 %. Cette année, nous voulons le réduire à 6,2 %. Ce n'est pas facile, mais nous n'avons pas le choix.” — Ilie Bolojan via Le Figaro

Trajectoire du déficit budgétaire de la Roumanie: Déficit budgétaire (before: 9,3 % (dont Bolojan a hérité), after: 7,7 % (résultat 2025), objectif 6,2 % (2026))

Parmi les réformes déjà engagées, le Premier ministre a mis en avant la refonte du régime de retraite des magistrats, qui permettait auparavant aux juges de prendre leur retraite à 50 ans, ainsi que des réductions des dépenses administratives et une politique de décentralisation. M. Bolojan souhaite transformer le modèle économique roumain, passant d'un système axé sur la consommation à un modèle basé sur la production, avec un accent mis sur le secteur des technologies de l'information, la production agricole et les ressources énergétiques, soulignant que la Roumanie possède parmi les plus importantes réserves de gaz et de pétrole de l'UE.

Renault, symbole des liens économiques franco-roumains Une partie de l'entretien a été consacrée à la relation bilatérale avec la France. Ilie Bolojan a cité Renault comme « l'entreprise emblématique en Roumanie » qui « contribue le plus au budget national ». Avec plus de 10 000 entreprises françaises actives sur le territoire, la France est le troisième investisseur étranger. Sur le plan politique, il a exprimé l'espoir que la France demeure « le moteur politico-économique de l'Europe » avant les élections européennes de 2027. „Historiquement, nous savons très bien ce que la France a représenté à des moments clés : les fondements de l'État roumain ont été posés avec son soutien. Sans la France, le moteur européen risque de s'enrayer. La France et la Roumanie sont des partenaires de longue date.” — Ilie Bolojan via Le Figaro Cet entretien, publié sur le site du Figaro le 31 mars 2026, marque l'une des apparitions les plus médiatisées de M. Bolojan dans la presse ouest-européenne et signale la volonté de Bucarest de se positionner comme une voix constructive au sein de l'UE en pleine tension transatlantique.

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Sources: 4 articles