Dix dirigeants de l'Union européenne ont signé un document commun demandant à la Commission européenne de réexaminer la directive sur le système d'échange de quotas d'émission. Ils souhaitent prolonger au-delà de 2034 les allocations gratuites de carbone pour plusieurs secteurs industriels jugés stratégiques, au nom de la compétitivité et de la prévention des délocalisations industrielles.
Dix dirigeants demandent une révision de l'ETS
Giorgia Meloni, Donald Tusk et huit autres dirigeants de l'UE veulent que la Commission européenne réexamine la directive ETS et prolonge les allocations gratuites de carbone au-delà de 2034.
Six secteurs industriels sont explicitement visés
L'acier, l'aluminium, le ciment, la chaux, la chimie et le raffinage sont mentionnés comme devant continuer à bénéficier de quotas gratuits après 2034.
Le débat oppose compétitivité et ambition climatique
Les soutiens du texte invoquent la prévention des fuites de carbone et la défense de l'industrie européenne, tandis que les critiques redoutent un affaiblissement de la politique climatique de l'UE.
Dix dirigeants de l'Union européenne, parmi lesquels la présidente du conseil italien Giorgia Meloni et le premier ministre polonais Donald Tusk, ont signé un non-paper commun appelant la Commission européenne à réexaminer la directive sur le système d'échange de quotas d'émission de l'UE et à prolonger les allocations gratuites de carbone pour les secteurs industriels stratégiques au-delà de l'échéance actuelle de 2034. L'initiative a été portée par la République tchèque et cosignée par des dirigeants de Bulgarie, de Croatie, de Grèce, de Pologne, de Roumanie, de Slovaquie, de Slovénie, de Hongrie et de Belgique. Présenté comme un texte de soutien au secteur de l'acier, le document demande à la Commission européenne d'envisager le maintien des quotas gratuits comme mécanisme de défense de la compétitivité industrielle européenne. Les signataires estiment que cette mesure est nécessaire pour éviter les fuites de carbone, c'est-à-dire la délocalisation d'industries fortement consommatrices d'énergie vers des pays dont les règles environnementales sont moins strictes.
Six secteurs industriels visés par le maintien des exemptions Le non-paper désigne explicitement l'acier, l'aluminium, le ciment, la chaux, la chimie et le raffinage comme les secteurs qui devraient continuer à bénéficier d'allocations gratuites après 2034. Le document demande « un mécanisme d'équilibrage avec des quotas gratuits » afin de protéger ces industries des coûts indirects du carbone liés à la hausse des prix de l'électricité. Les signataires assortissent toutefois leur demande d'une condition : la prolongation des allocations gratuites ne devrait être envisagée qu'en parallèle d'un mécanisme global et efficace de protection contre les fuites de carbone. Le texte demande aussi qu'il soit dûment tenu compte de la mise en œuvre du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières afin de garantir des conditions de concurrence équitables pour les biens exportés. Les signataires précisent qu'une suppression progressive des allocations gratuites ne devrait intervenir que là où il existe des solutions adaptées et économiquement viables. Parmi les signataires, Nicușor Dan, président de la Roumanie depuis 2025, et le premier ministre hongrois Viktor Orbán ont également joint leur nom à l'initiative, selon Ziare.com.
Le système d'échange de quotas d'émission de l'UE constitue la pierre angulaire de la politique climatique européenne depuis son lancement en 2005. Selon les règles actuelles, les allocations gratuites de carbone pour la plupart des secteurs industriels doivent être progressivement supprimées d'ici à 2034, les entreprises devant ensuite acheter l'ensemble de leurs quotas sur le marché. Le CBAM, introduit comme instrument complémentaire, vise à prévenir les fuites de carbone en appliquant un prix aux importations en provenance de pays ne supportant pas de coût carbone équivalent. L'ETS a fait l'objet de plusieurs réformes importantes au fil des années, la plus récente ayant durci le plafond d'émissions et accéléré la suppression progressive des allocations gratuites dans le cadre du paquet climatique européen Fit for 55.
Tusk soutient les quotas gratuits, Morawiecki affirme avoir alerté en vain pendant des années Le premier ministre polonais Donald Tusk a plaidé pour que l'UE continue d'accorder à l'industrie des permis carbone gratuits, selon Reuters, apportant le poids de l'une des principales économies du bloc à cette demande de réforme. L'ancien premier ministre polonais Mateusz Morawiecki, qui a dirigé le pays de 2017 à 2023, a réagi à cette évolution en affirmant qu'il avait, pendant de nombreuses années, lancé des avertissements que d'autres ne voulaient pas entendre, selon Niezalezna.pl. Radio Gdańsk a indiqué que des analystes avertissaient que la Pologne, en particulier, subirait les conséquences négatives des changements apportés à la structure de l'ETS. Le rapprochement entre responsables actuels et anciens du gouvernement polonais sur ce sujet souligne la sensibilité de la tarification du carbone pour l'économie polonaise, fortement industrialisée. La République tchèque, en tant qu'initiatrice du non-paper, s'est placée au centre d'une coalition grandissante de gouvernements d'Europe centrale et orientale qui cherchent à infléchir la politique climatique industrielle de l'UE.
Le premier ministre néerlandais et des ONG environnementales s'opposent à la proposition Le premier ministre des Pays-Bas a défendu le cadre actuel de l'ETS, en faisant valoir que sans ce dispositif l'UE importerait aujourd'hui plusieurs millions de tonnes supplémentaires de combustibles fossiles, selon le média polonais wnp.pl. Des organisations environnementales ont également critiqué la proposition, estimant qu'un affaiblissement de l'ETS compromettrait la réponse de l'UE à la crise énergétique, selon ANSA. Cette opposition entre les deux camps reflète une ligne de fracture plus large au sein de l'UE entre, d'un côté, les États membres dotés d'une importante base de l'industrie lourde et, de l'autre, ceux qui sont davantage attachés à une accélération de la transition verte. Les partisans d'un réexamen présentent le sujet comme une question de survie industrielle et de compétitivité économique, tandis que leurs détracteurs jugent qu'un assouplissement du marché du carbone enverrait un mauvais signal à un moment jugé décisif pour les ambitions climatiques européennes. La Commission européenne n'a pas encore répondu officiellement au non-paper et aucun calendrier de révision de la directive ETS n'a été confirmé dans les informations disponibles.
Mentioned People
- Giorgia Meloni — premier Włoch od października 2022 roku
- Donald Tusk — premier Polski od 2023 roku
- Viktor Orbán — premier Węgier od 2010 roku
- Nicușor Dan — prezydent Rumunii od 2025 roku
- Mateusz Morawiecki — były premier Polski w latach 2017–2023