Le Pakistan a engagé une double initiative diplomatique pour se poser en intermédiaire entre les États-Unis et l’Iran. Selon Reuters et la presse égyptienne, Islamabad a proposé sa capitale comme lieu d’échanges discrets, alors que des contacts distincts ont été menés par le Premier ministre Shehbaz Sharif et le chef de l’armée Asim Munir. Aucune médiation formelle n’a toutefois été confirmée par les principales parties.
Double démarche diplomatique pakistanaise
Shehbaz Sharif a contacté Masoud Pezeshkian après un échange téléphonique entre Asim Munir et Donald Trump, dans le but de faire d’Islamabad un canal de communication entre Washington et Téhéran.
Islamabad propose un cadre discret
Le Pakistan offre sa capitale comme lieu d’échanges indirects, sans revendiquer une médiation formelle, alors que l’Iran affirme ne pas négocier directement avec les États-Unis.
L’atout personnel d’Asim Munir
La relation suivie entre le chef de l’armée pakistanaise et Donald Trump renforce la capacité d’Islamabad à se rendre utile dans cette séquence diplomatique.
Une forte dépendance au détroit d’Ormuz
Le Pakistan affirme que 81 % de son énergie importée transite par le détroit d’Ormuz, ce qui l’expose fortement aux conséquences d’un conflit prolongé dans le Golfe.
Une position régionale complexe
Le Pakistan mène cette initiative alors qu’il est engagé dans des combats frontaliers avec l’Afghanistan depuis la fin de février 2026.
Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif et le chef de l’armée, le maréchal Asim Munir, ont lancé une double initiative diplomatique afin de positionner Islamabad comme intermédiaire entre Washington et Téhéran. Selon Reuters et la presse égyptienne, des facilitateurs poussent à la tenue d’éventuelles négociations en présentiel entre responsables américains et iraniens dès vendredi au Pakistan. Asim Munir s’est entretenu par téléphone avec le président des États-Unis Donald Trump le dimanche 22 mars, tandis que Shehbaz Sharif a appelé le président iranien Masoud Pezeshkian le lundi 23 mars. Le Pakistan a proposé sa capitale, Islamabad, comme lieu d’un canal de communication discret, sans aller jusqu’à une médiation formelle, Téhéran insistant sur le fait qu’il ne négocie pas directement avec Washington. Le porte-parole du ministère iranien des affaires étrangères, Esmaeil Baqaei, a déclaré publiquement qu’aucune négociation directe avec les États-Unis n’était en cours, même si des responsables iraniens ont reconnu avoir reçu des messages par l’intermédiaire de ce qu’ils ont décrit comme des « États amis ». À la Maison Blanche, personne n’a confirmé le rôle d’intermédiaire du Pakistan, mais l’administration ne l’a pas non plus démenti.
Les liens de Munir avec la Maison Blanche donnent à Islamabad un levier inhabituel La personne d’Asim Munir est au centre de l’offensive diplomatique pakistanaise, en grande partie en raison de sa relation personnelle, jugée inhabituellement étroite, avec Donald Trump. En juin 2025, Munir est devenu le premier chef militaire pakistanais reçu à la Maison Blanche en dehors de toute fonction politique, lors d’une rencontre qui a duré plus de deux heures. Au cours de cette visite, Donald Trump l’aurait qualifié de « maréchal préféré » et aurait mis en avant sa connaissance approfondie du contexte iranien. Des responsables des deux pays ont indiqué que les deux hommes avaient maintenu une relation étroite depuis cette rencontre. Donald Trump avait auparavant menacé de détruire les infrastructures énergétiques iraniennes avant d’adoucir son discours après avoir qualifié de « productifs » les contacts avec Téhéran, un changement interprété par les marchés comme le signe possible d’une ouverture diplomatique et qui a contribué à faire baisser les prix du pétrole. La crédibilité du Pakistan comme relais repose sur un avantage structurel : le pays conserve à la fois des relations fonctionnelles avec Washington et avec Téhéran, une combinaison rare dans la région. Islamabad représente en outre officiellement les intérêts iraniens aux États-Unis en l’absence de représentation diplomatique iranienne officielle sur le sol américain. 81 (%) — part de l’énergie importée par le Pakistan transitant par le détroit d’Ormuz
Dépendance énergétique et liens chiites expliquent l’empressement du Pakistan La volonté du Pakistan de mettre fin au conflit ne relève pas uniquement de la diplomatie : elle touche directement à sa sécurité énergétique. 81 (%) — de l’énergie importée par le Pakistan transite par le détroit d’Ormuz, aujourd’hui bloqué, ce qui fait du pays le plus exposé, parmi ceux impliqués dans l’effort diplomatique actuel, aux conséquences économiques d’un conflit prolongé dans le Golfe. Au-delà de l’économie, le Pakistan dispose aussi d’un atout religieux et démographique particulier : il abrite la deuxième plus grande communauté musulmane chiite au monde, bien qu’elle soit minoritaire dans une population pakistanaise majoritairement sunnite. L’Iran, principale référence mondiale du chiisme, voit dans cette communauté un point d’identité partagé avec Islamabad. Sur le plan diplomatique, le Pakistan a par ailleurs évité d’être visé par les salves iraniennes de missiles et de drones lancées en réponse aux frappes américaines et israéliennes, une distinction qui préserve sa neutralité aux yeux de Téhéran. La Turquie, l’Égypte et le Qatar mènent aussi des efforts diplomatiques parallèles, le ministre turc des affaires étrangères Hakan Fidan se coordonnant avec son homologue pakistanais Ishaq Dar dans ce qui s’apparente à une diplomatie régionale en réseau visant au minimum un cessez-le-feu tactique.
Le Pakistan cherche l’apaisement à l’extérieur tout en affrontant une guerre sur son sol Cette initiative diplomatique se déploie dans un contexte intérieur profondément contradictoire : le Pakistan est engagé dans un conflit militaire ouvert avec l’Afghanistan voisin depuis la fin du mois de février 2026. Les combats frontaliers entre les deux pays ont repris le mardi 24 mars après une trêve de cinq jours, selon El Mundo. Le fait qu’Islamabad cherche simultanément à favoriser une médiation internationale tout en gérant un conflit armé actif sur sa propre frontière a mis en lumière la fragilité de sa position stratégique. Selon Il Fatto Quotidiano, le Pakistan a été identifié en 2025 à la fois comme le pays le plus touché par le terrorisme international et comme le pays le plus pollué du monde, deux éléments qui donnent à Islamabad une raison supplémentaire de rehausser son statut international par un rôle diplomatique de premier plan. L’offre pakistanaise d’accueillir des discussions n’est pas présentée comme une médiation formelle, mais comme la mise à disposition d’un espace physique pour un canal discret permettant l’échange de messages entre des belligérants qui refusent tout contact direct. Le Pakistan et les États-Unis entretiennent depuis des décennies une relation complexe, façonnée par leur coopération pendant la guerre froide, le conflit soviéto-afghan et les opérations antiterroristes menées après 2001. Le Pakistan a historiquement servi d’intermédiaire informel dans des conflits régionaux en raison de sa position géographique entre l’Asie du Sud, l’Asie centrale et le Moyen-Orient. Le pays n’a pas de relations diplomatiques formelles avec Israël, ce qui lui confère une certaine crédibilité auprès de l’Iran et d’autres acteurs régionaux opposés à la politique israélienne. Le rôle du Pakistan comme puissance protectrice des intérêts iraniens aux États-Unis remonte à la rupture des relations diplomatiques entre Washington et Téhéran après la révolution islamique de 1979. Reste à savoir si Islamabad pourra transformer cette combinaison inhabituelle d’atouts — vulnérabilité énergétique, liens religieux, rapports militaires directs avec Washington et représentation diplomatique formelle des intérêts de Téhéran — en un cadre de négociation durable. Au 25 mars 2026, aucune des principales parties ne l’avait confirmé.
Mentioned People
- Asim Munir — pierwszy w Pakistanie szef sił obrony i 11. szef sztabu armii
- Shehbaz Sharif — premier Pakistanu
- Masoud Pezeshkian — 9. prezydent Iranu
- Donald Trump — 47. prezydent Stanów Zjednoczonych
Sources: 2 articles
- Pakistan mediatore tra Iran e USA: il ruolo di Sharif e la vicinanza Munir-Trump (Il Fatto Quotidiano)
- Pakistán, un inesperado mediador clave entre EEUU e Irán mientras sigue atrapado en su propio conflicto con Afganistán (EL MUNDO)
- Pakistan Offers to Mediate Between Iran and the United States (The New York Times)
- Pakistan's prime minister says his nation is ready to facilitate talks to end Iran war (France 24)
- Pakistán se presta a acoger negociaciones entre Irán y EE.UU. "cuando quieran" (LaVanguardia)
- Iranul respinge oferta Pakistanului de mediere a unor negocieri de pace: "O nouă încercare de înșelătorie a SUA" - HotNews.ro (HotNews.ro)
- JD Vance role touted as Pakistan attempts to broker US-Iran peace talks (The Irish Times)
- Pakistan 'stands ready' to host talks to end US-Israeli war in Iran, prime minister says (TheJournal.ie)
- Pakistan leans on US and Iran ties to emerge as potential peacebroker (Reuters)
- Pakistan: Premier: jesteśmy gotowi pośredniczyć w rozmowach między USA i Iranem (wnp.pl)