Giorgia Meloni et neuf autres dirigeants européens ont demandé à la Commission européenne, le 18 mars 2026, de revoir le marché carbone de l’UE et de prolonger les quotas gratuits au-delà de 2034. Selon eux, plusieurs secteurs stratégiques, notamment l’acier, les métaux et la chimie, risquent d’être désavantagés face à leurs concurrents internationaux si le dispositif n’est pas ajusté.

Lettre commune adressée à Bruxelles

Giorgia Meloni et neuf autres dirigeants de l’UE ont demandé le 18 mars 2026 un réexamen du marché carbone européen et la prolongation des quotas gratuits au-delà de 2034.

Industries énergivores au centre des demandes

L’acier, les métaux et la chimie sont présentés comme particulièrement exposés à des coûts plus élevés et à une concurrence internationale plus forte.

Confindustria réclame davantage qu’une réforme

Emanuele Orsini a appelé dans la presse allemande à une suspension complète de l’ETS, une position plus radicale que celle des dirigeants signataires.

Des ONG mettent en garde

Des organisations environnementales estiment qu’un affaiblissement de l’ETS réduirait la capacité de l’UE à faire face à la crise énergétique et fragiliserait ses engagements climatiques.

Le débat s’intensifie en Pologne

Les déclarations de Przemysław Czarnek montrent que l’ETS est aussi devenu un enjeu politique intérieur dans un pays sensible aux effets de la tarification du carbone.

La présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, et neuf autres dirigeants de l’Union européenne ont adressé, le 18 mars 2026, une lettre commune à la Commission européenne pour demander un réexamen du marché carbone de l’UE et le maintien des quotas gratuits d’émissions au-delà de 2034. Le courrier, signé par les chefs de gouvernement de l’Italie, de la République tchèque, de la Grèce, de la Hongrie, de la Pologne, de la Roumanie, de la Slovaquie et de la Belgique, avec le soutien supplémentaire de l’Autriche et de la Bulgarie, réclame une « action urgente » afin de protéger les secteurs industriels stratégiques contre un désavantage concurrentiel. Selon les signataires, le ETS ne peut être efficace que s’il protège l’industrie européenne contre le risque de fuite de carbone tout en maintenant un volume suffisant de quotas gratuits pour soutenir les entreprises qui ne peuvent pas répercuter sur leurs clients les coûts de la décarbonation.

L’acier, les métaux et la chimie jugés les plus exposés Dans cette lettre, les dirigeants estiment que les secteurs européens de l’acier, des métaux et de la chimie ont accompli des progrès importants dans la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre, mais qu’ils évoluent dans un environnement économique difficile, marqué par des coûts de production plus élevés et des prix de vente plus faibles que ceux de leurs concurrents internationaux. Ils jugent que les quotas carbone gratuits doivent rester disponibles après 2034 afin d’accompagner les entreprises pendant la phase de transition, en particulier celles qui ne sont pas en mesure de transférer en aval les coûts liés à la décarbonation. D’après Reuters, le premier ministre polonais Donald Tusk, l’un des signataires, a insisté pour que l’Union européenne maintienne des permis carbone gratuits pour l’industrie. Cet appel commun traduit une inquiétude croissante au sein d’une large coalition d’États membres de l’UE, qui considère que l’orientation actuelle de la politique de tarification du carbone menace la viabilité des industries à forte intensité énergétique. La lettre demande à la Commission d’agir rapidement, en présentant le sujet à la fois comme une question de compétitivité industrielle et de crédibilité de la stratégie européenne de décarbonation.

Le système européen d’échange de quotas d’émission a été créé en 2005 comme premier grand marché du carbone au monde. Il repose sur un plafond global d’émissions pour les secteurs couverts et impose aux entreprises de détenir des quotas pour chaque tonne de dioxyde de carbone émise. Des quotas gratuits ont historiquement été attribués aux industries à forte intensité énergétique afin de prévenir les fuites de carbone, c’est-à-dire le risque de voir la production être déplacée vers des pays aux règles climatiques moins strictes. La suppression progressive des quotas gratuits pour la plupart des secteurs est liée à l’introduction du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, conçu pour imposer aux importations un coût carbone équivalent. L’avenir des quotas gratuits au-delà de 2034 est devenu un point central de désaccord alors que l’UE révise son cadre de politique industrielle et climatique.

Le chef de Confindustria plaide dans la presse allemande pour une suspension complète de l’ETS Emanuele Orsini, président de Confindustria, est allé plus loin que le contenu de la lettre commune dans un entretien publié par la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Il y affirme que l’Europe se trouve dans une « situation d’urgence » et qu’elle devrait suspendre entièrement l’ETS. Cet appel à une suspension totale traduit une position plus radicale que celle défendue par les dix dirigeants européens, qui demandent une réforme et non un arrêt pur et simple du marché du carbone. La position de la fédération patronale italienne reflète les pressions exercées par des groupes industriels à travers l’Europe, qui estiment que le système actuel impose des coûts affaiblissant leur compétitivité face aux concurrents américains et asiatiques. Selon sa biographie officielle, Emanuele Orsini dirige Confindustria depuis mai 2024 et a fait de la compétitivité industrielle un thème central de son mandat. Son intervention dans un grand quotidien germanophone montre une volonté de rallier, au-delà des frontières, des soutiens du monde économique à un recul des obligations liées à la tarification du carbone.

Des organisations environnementales mettent en garde contre les effets d’un recul de l’ETS sur la réponse à la crise énergétique Selon ANSA, des organisations non gouvernementales environnementales ont averti qu’une remise en cause de l’ETS affaiblirait la capacité de l’Union européenne à répondre à la crise énergétique. Elles présentent l’offensive menée par des dirigeants européens et des groupes industriels comme une menace pour la sécurité énergétique de long terme du bloc et pour ses engagements climatiques. Dans le même temps, Przemysław Czarnek, vice-président du Law and Justice et député à la Diète, a développé un argument politique contre l’ETS lors d’un déplacement à Katowice, en affirmant que les vacances seraient moins chères pour les citoyens polonais si ce système n’existait pas. Ces propos illustrent la manière dont l’ETS est devenu un sujet de politique intérieure en Pologne, où l’industrie énergivore et les régions dépendantes du charbon sont particulièrement sensibles à la tarification du carbone. L’écart entre les positions des dirigeants au pouvoir — qui demandent une réforme plutôt qu’une suppression — et celles de responsables de l’opposition ainsi que de certains groupes patronaux — qui réclament une suspension — montre l’ampleur du débat désormais ouvert dans l’UE sur l’avenir de son principal instrument de politique climatique. Les inquiétudes liées aux fuites de carbone devraient rester au cœur des discussions sur la politique industrielle de l’UE dans les mois à venir.

Mentioned People