UniCredit cherche à porter sa participation dans Commerzbank au-delà de 30 %, une étape qui durcirait encore un affrontement déjà suivi de près en Europe. Berlin, la direction de la banque et le syndicat Ver.di s’y opposent. En toile de fond, la question de l’emploi et celle de l’autonomie financière allemande se télescopent avec le projet d’intégration bancaire européenne.

Une offre valorisée à 35 milliards d’euros

UniCredit propose 0,485 action pour chaque action Commerzbank, soit 30,8 euros par action et une valorisation totale d’environ 35 milliards d’euros.

Berlin et Commerzbank rejettent l’initiative

Le gouvernement allemand et la direction de Commerzbank, conduite par Bettina Orlopp, qualifient l’opération d’hostile et refusent des discussions avec UniCredit.

Le seuil de 30 % au cœur de l’opération

Le groupe dirigé par Andrea Orcel cherche à dépasser 30 % du capital de Commerzbank, un niveau qui entraîne en principe des obligations réglementaires en droit allemand.

mBank portée par les spéculations

La hausse du titre mBank reflète les anticipations d’une éventuelle offre obligatoire sur la filiale polonaise si UniCredit prenait le contrôle de Commerzbank.

Des incertitudes réglementaires persistantes

Le caractère systémique de Commerzbank implique l’examen du dossier par plusieurs autorités européennes et allemandes, ce qui pourrait peser sur le calendrier et l’issue de l’offre.

La banque italienne UniCredit cherche à augmenter sa participation dans la banque allemande Commerzbank au-delà de 30 %, une initiative qui se heurte à une forte opposition du gouvernement allemand, de la direction de la banque et des représentants des salariés. Selon des informations rapportées par ANSA, le conseil de surveillance de Commerzbank a rejeté la proposition d’UniCredit d’ouvrir des discussions formelles. L’initiative de l’établissement italien a suscité de vives réserves à Berlin, des sources décrivant un gouvernement allemand irrité par cette approche jugée offensive. Le chancelier allemand Friedrich Merz, en fonctions depuis le 6 mai 2025, a déclaré publiquement que l’Allemagne souhaitait que Commerzbank reste indépendante, tout en laissant la décision finale à la banque elle-même. En peu de temps, ce bras de fer est devenu l’un des affrontements d’entreprise les plus observés du secteur bancaire européen.

Ver.di avertit que 10 000 emplois pourraient disparaître Le syndicat allemand Ver.di a averti qu’une prise de contrôle réussie par UniCredit pourrait mettre en danger jusqu’à 10 000 emplois chez Commerzbank, selon des informations de Zeit Online et Die Welt. Cette mise en garde traduit la forte inquiétude des salariés de Commerzbank face aux conséquences qu’aurait une fusion complète entre les deux établissements. Ver.di a joué par le passé un rôle important dans l’issue de grands processus de restructuration au sein des institutions financières allemandes, et son intervention indique que l’opposition syndicale constituera un élément central de toute négociation ultérieure. La perspective de suppressions de postes à grande échelle ajoute une dimension sociale à un différend d’entreprise déjà très politisé. Les responsables allemands ont clairement fait savoir que le gouvernement considérait les pertes potentielles d’emplois comme un sujet majeur, au même titre que la question de la souveraineté financière nationale.

Merz défend l’indépendance, mais renvoie à la banque Le chancelier Friedrich Merz s’est exprimé directement sur le dossier, en présentant la position allemande comme une préférence et non comme une interdiction formelle. „"Vogliamo l'indipendenza della nostra banca, ma la risposta sta a lei"” (Nous voulons l’indépendance de notre banque, mais la réponse lui appartient.) — Friedrich Merz via Il Fatto Quotidiano Cette déclaration illustre les limites de la marge de manœuvre formelle du gouvernement allemand, maintenant qu’il a réduit sa propre participation dans Commerzbank par rapport à ses niveaux antérieurs. Le malaise de Berlin face à l’approche d’UniCredit s’expliquerait en partie par la rapidité et l’assurance avec lesquelles la banque italienne a avancé, certains responsables allemands estimant qu’elle contourne les canaux habituels d’échange. La Neue Zürcher Zeitung a présenté cet épisode comme un test de la position plus générale de l’Allemagne à l’égard de l’intégration financière européenne, en soulignant la tension entre le soutien affiché par Berlin à une union bancaire européenne et sa résistance à une prise de contrôle transfrontalière visant l’un de ses principaux établissements. Un commentaire publié par Niezalezna.pl a évoqué ce qu’il a présenté comme un double standard allemand, en faisant valoir que l’opposition de Berlin à un acquéreur italien contrastait avec le plaidoyer général de l’Allemagne en faveur de marchés européens ouverts.

L’offensive italienne d’UniCredit met à l’épreuve les règles bancaires européennes UniCredit renforce progressivement sa position dans Commerzbank depuis plusieurs mois, et un franchissement du seuil de 30 % constituerait une nette montée en puissance susceptible de déclencher des procédures formelles sur le plan réglementaire et actionnarial en droit allemand et européen. Le franchissement de ce seuil active en règle générale l’obligation de lancer une offre en vertu de la réglementation allemande sur les prises de contrôle, ce qui signifie qu’UniCredit pourrait être tenue de présenter une offre formelle à l’ensemble des actionnaires restants. Le refus de Commerzbank d’ouvrir des discussions montre que la direction de la banque n’a pas l’intention de faciliter une opération amicale, laissant à UniCredit la possibilité d’emprunter une voie plus conflictuelle. Il Giornale et ANSA ont rapporté qu’UniCredit accélérait sa stratégie, ce qui laisse penser que la banque italienne est prête à poursuivre malgré les obstacles politiques. Cet épisode a relancé un débat plus large sur la capacité de l’intégration bancaire européenne, souvent évoquée dans les cercles de décision, à fonctionner concrètement lorsqu’un grand établissement national devient une cible.

Commerzbank fait l’objet de débats récurrents sur sa restructuration et son actionnariat depuis plus d’une décennie. Le gouvernement allemand était devenu un actionnaire majeur de la banque après son sauvetage public lors de la crise financière de 2008-2009, avant de réduire progressivement cette participation au cours des années suivantes. L’intérêt d’UniCredit pour Commerzbank constitue l’une des tentatives les plus marquantes de consolidation bancaire transfrontalière dans la zone euro ces dernières années, et il met en lumière l’écart entre le discours européen sur l’union bancaire et le réflexe des gouvernements nationaux de protéger leurs champions financiers domestiques.