La trêve de deux semaines entre Washington et Téhéran, annoncée mardi par Donald Trump, est mise à rude épreuve dès son premier jour. Une offensive israélienne de grande ampleur au Liban a fait au moins 254 morts mercredi, provoquant un différend diplomatique majeur sur les termes de l'accord.
Une trêve fragile
Le cessez-le-feu entre Washington et Téhéran est compromis par un désaccord sur l'inclusion du Liban dans l'accord.
Bilan humain lourd au Liban
Les frappes israéliennes du 8 avril ont causé la mort de 254 personnes, dont 91 à Beyrouth seule.
Incertitude énergétique
Le statut du détroit d'Ormuz reste flou, entraînant une forte volatilité des prix du pétrole (chute de 14 %).
Le fragile cessez-le-feu de deux semaines entre les États-Unis et l'Iran, négocié par le Pakistan et annoncé par le président Donald Trump tard mardi, a été soumis à une forte pression mercredi. Israël a lancé ce qu'il a décrit comme sa plus importante frappe coordonnée sur le Liban, faisant au moins 254 morts et plus de 1 100 blessés, selon la protection civile libanaise. L'armée israélienne a déclaré avoir frappé plus de 100 centres de commandement et sites militaires du Hezbollah lors d'un assaut de 10 minutes ciblant Beyrouth, la plaine de la Bekaa, le Mont-Liban, Sidon et plusieurs villages du sud du pays. Le bilan le plus lourd de ce conflit entre Israël et le Hezbollah pour une seule journée a été enregistré à Beyrouth, où 91 personnes ont péri d'après les secours libanais. Ces frappes ont mis en lumière un désaccord fondamental sur la nature même de la trêve : les États-Unis et Israël soutiennent que l'accord ne concerne que le conflit direct américano-iranien, tandis que l'Iran, le Liban et le Pakistan — le médiateur — affirment qu'il devait inclure le territoire libanais. Les pourparlers de paix prévus samedi au Pakistan sont désormais incertains, Téhéran laissant entendre qu'il pourrait ne pas s'y présenter.
JD Vance qualifie le différend libanais de « malentendu légitime » Le vice-président américain JD Vance, qui doit diriger la délégation américaine lors des discussions au Pakistan, a déclaré aux journalistes à Budapest que l'Iran avait mal interprété la portée de l'accord. „« Je pense que les Iraniens imaginaient que le cessez-le-feu incluait le Liban, mais ce n'est pas le cas. Nous n'avons jamais fait cette promesse. »” — JD Vance via TheJournal.ie M. Vance a qualifié ce désaccord de « malentendu légitime » tout en avertissant qu'une rupture de la trêve par l'Iran pourrait avoir des « conséquences sérieuses », ajoutant que cela relevait « en fin de compte de leur choix ». Le président Trump a confirmé séparément que le Liban était exclu du pacte en raison du rôle du Hezbollah. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé que son pays gardait le « doigt sur la gâchette », prêt à reprendre les combats « à tout moment », précisant que le cessez-le-feu n'était « pas la fin » de la campagne militaire contre l'Iran mais « une étape vers l'atteinte de tous nos objectifs ». Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a précisé qu'Israël avait « insisté sur la séparation de la guerre avec l'Iran et des combats au Liban afin de modifier la réalité libanaise ». Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a accusé Israël de tuer des civils non armés et a décrété jeudi journée de deuil national. 254 (personnes tuées) — Bilan de la protection civile libanaise lors des frappes du 8 avril
L'Iran menace de boycotter les pourparlers de samedi au Pakistan Le Président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, qui devait co-diriger la délégation de Téhéran avec le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, a jugé « déraisonnable » de poursuivre les négociations au vu de la situation sur le terrain. „« Dans une telle situation, un cessez-le-feu bilatéral ou des négociations n'étaient pas raisonnables. »” — Mohammad Bagher Ghalibaf via RTE.ie M. Ghalibaf a accusé les États-Unis d'avoir violé le cadre iranien sur trois points : la poursuite des frappes israéliennes au Liban, l'incursion d'un drone dans l'espace aérien iranien et ce qu'il décrit comme un déni des droits à l'enrichissement. Sur le réseau social X, il a écrit que « la base de travail sur laquelle négocier a été ouvertement violée avant même le début des discussions ». Le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré que Washington devait choisir entre la trêve temporaire et le soutien aux opérations israéliennes au Liban, présentant la situation comme un choix entre la diplomatie et la guerre par procuration. Le président iranien Masoud Pezeshkian a fait savoir au président français Emmanuel Macron que l'établissement d'un cessez-le-feu au Liban était « l'une des conditions clés du plan iranien en 10 points ». Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a appelé toutes les parties à la retenue, confirmant que des violations du cessez-le-feu avaient déjà été signalées.
Le conflit opposant les États-Unis et Israël à l'Iran, dénommé opération « Epic Fury », a débuté le 28 février 2026 par des frappes ayant tué le Guide suprême Ali Khamenei. Son fils, Mojtaba Khamenei, a été nommé pour lui succéder le 9 mars 2026. L'actuel conflit au Liban a éclaté après que le Hezbollah a répliqué à la mort d'Ali Khamenei par des tirs de missiles vers Israël, selon The Irish Times. Le cessez-le-feu annoncé les 7 et 8 avril 2026 représentait la première pause formelle des hostilités depuis le début de la guerre.
Statut contesté du détroit d'Ormuz et tensions à Gaza Le statut du détroit d'Ormuz est resté incertain mercredi. Les médias d'État iraniens ont annoncé sa « fermeture totale », tandis que la télévision officielle indiquait que le passage des navires restait possible sous coordination iranienne. L'Iran s'était engagé, dans le cadre de la trêve, à autoriser le transit pendant deux semaines, mais l'agence Fars a rapporté que le passage des pétroliers avait été interrompu suite aux frappes au Liban. La société de suivi maritime Kpler n'a enregistré aucune traversée de pétrolier depuis le début de la trêve. Cette incertitude a bousculé les marchés de l'énergie : le prix du baril de pétrole a chuté de 14 % pour s'établir autour de 95 dollars après un point bas à 90,40 dollars, tandis que les indices boursiers mondiaux progressaient. Par ailleurs, les États du Golfe ont signalé la poursuite d'attaques iraniennes après l'annonce du cessez-le-feu : le Koweït a fait état de 28 attaques de drones et les Émirats arabes unis ont affirmé avoir intercepté 17 missiles balistiques et 35 drones, selon le New York Times. Enfin, des agents de sécurité privés américains gardant l'aide humanitaire à Gaza auraient utilisé des balles réelles et des grenades assourdissantes contre des civils palestiniens, selon l'Associated Press.
Cessez-le-feu américano-iranien — Événements clés: — ; — ; — ; — ; —
Mentioned People
- Donald Trump — Prezydent Stanów Zjednoczonych
- Benjamin Netanyahu — Premier Izraela
- JD Vance — Wiceprezydent Stanów Zjednoczonych
- Abbas Araghchi — minister spraw zagranicznych Iranu od sierpnia 2024 roku
- Mohammad Bagher Ghalibaf — przewodniczący parlamentu Iranu od 2020 roku
- Nawaf Salam — 53. premier Libanu od 8 lutego 2025 roku
Sources: 22 articles
- Disagreement Over Lebanon's Inclusion in Cease-Fire Threatens to Unravel It (The New York Times)
- Iran-US truce on brink as Israel pounds Lebanon, Tehran warns of escalation (France 24)
- Peace talks 'unreasonable' after Israeli strikes - Iran (RTE.ie)
- Here's What Happened in the War in the Middle East on Wednesday. (The New York Times)
- A propos - At least 182 killed as Israel strikes central Beirut after saying Iran truce doesn't apply there (France 24)
- US and Iran at odds over ceasefire agreement as Vance claims terms 'just didn't' include Lebanon (TheJournal.ie)
- Israeli attacks on Lebanon place US-Iran ceasefire in jeopardy (The Irish Times)
- World reacts to 'brutal' Israeli attacks on Lebanon amid US-Iran ceasefire (Al Jazeera Online)
- Bloody day in Lebanon puts fragile ceasefire at risk (RTE.ie)
- More than 250 killed in Lebanon as Israel launches largest attack of war against Hezbollah - video (The Guardian)