Le ministère espagnol de la Culture a rejeté la demande officielle du gouvernement basque visant à transférer temporairement le tableau « Gernika » de Pablo Picasso au musée Guggenheim de Bilbao. Le ministre Ernest Urtasun a justifié cette décision mardi 7 avril devant le Sénat, invoquant des rapports techniques du musée Reina Sofía qui déconseillent formellement tout déplacement.

Refus ministériel

Le ministre de la Culture a opposé une fin de recevoir à la demande de transfert du tableau au Pays basque.

État de conservation

Les experts jugent que l'œuvre est trop fragile pour supporter les vibrations d'un transport après 11 déplacements internationaux.

Dimension politique

Le PNV réclame un groupe d'experts internationaux tandis qu'Isabel Díaz Ayuso multiplie les critiques envers la demande basque.

Le ministère espagnol de la Culture a rejeté une demande officielle du gouvernement basque pour le transfert temporaire du « Gernika » de Pablo Picasso au musée Guggenheim de Bilbao, le ministre de la Culture Ernest Urtasun citant des rapports techniques du musée Reina Sofía qui « déconseillent catégoriquement » de déplacer l'œuvre. M. Urtasun a annoncé ce refus lors d'une session de contrôle au Sénat mardi 7 avril, en réponse à une question du groupe parlementaire PNV. Le gouvernement basque, dirigé par le Lehendakari Imanol Pradales, avait sollicité le prêt de l'ouvrage pour la période du 1er octobre 2026 au 30 juin 2027, afin de commémorer le 90e anniversaire du bombardement de Gernika et de la constitution du premier gouvernement basque. „Mon obligation en tant que ministre est de garantir l'accès à la culture, mais aussi d'assurer la protection du patrimoine. Sur des sujets comme celui-ci, il faut toujours écouter les techniciens et, particulièrement, ceux qui prennent soin de l'œuvre depuis plus de 30 ans pour la conserver correctement.” — Ernest Urtasun via Europa Press Une œuvre trop fragile pour être déplacée, selon les expertsM. Urtasun a détaillé les risques physiques spécifiques motivant ce refus, qualifiant le « Gernika » de « probablement l'une des œuvres du XXe siècle les plus fragiles et complexes à conserver ». Le ministre a expliqué que tout transport impliquerait des « vibrations inévitables » capables de provoquer « de nouvelles fissures, des soulèvements, des pertes de couche picturale ou même des déchirures ». Il a souligné que le tableau n'a pas été déplacé depuis 1992 et présente déjà des dommages, notamment des « déformations, des craquelures issues d'anciens enroulements ou de petites ruptures réparées » accumulés au fil de décennies de voyages internationaux. 11 (transferts internationaux) — déplacements totaux subis par le tableau au cours de son histoire Le ministre a exprimé sa « totale confiance » envers les employés du musée qui veillent sur l'œuvre depuis plus de 30 ans et a affirmé que leur diagnostic était unanime : « Ne pas soumettre l'œuvre à plus de stress ». Il a également reconnu la portée émotionnelle de la démarche, déclarant comprendre « parfaitement la sensibilité derrière cette demande » et admettant que le 90e anniversaire constituait « un contexte très significatif ». „Célébrer le 90e anniversaire du bombardement de Gernika doit consister à s'assurer que cette œuvre puisse durer encore 90 ans de plus, afin qu'elle continue d'expliquer aux générations futures l'horreur de la guerre et du fascisme que Picasso a voulu dénoncer.” — Ernest Urtasun via El MundoPicasso a peint « Gernika » en 1937 après une commande du gouvernement républicain espagnol pour le pavillon de l'Espagne lors de l'Exposition internationale de Paris. Le 26 avril 1937, plus de soixante avions allemands et italiens alliés à Francisco Franco ont bombardé la ville basque de Gernika durant la guerre civile espagnole, tuant des centaines de civils. Le tableau a été conservé au Museum of Modern Art de New York durant plus de quarante ans avant de revenir en Espagne en 1981, après la fin de la dictature franquiste. Il a été installé au musée Reina Sofía de Madrid en 1992, où il attire aujourd'hui plus d'un million et demi de visiteurs par an. Le gouvernement basque avait déjà tenté d'obtenir le prêt du tableau en 1997, lors de l'inauguration du musée Guggenheim de Bilbao. Le PNV réclame un groupe de travail plutôt qu'un refus netLe sénateur du PNV Igotz López a contesté la position du ministre lors de la session sénatoriale, arguant que son groupe ne remettait pas en cause les rapports techniques existants mais appelait à un processus d'expertise élargi. M. López a proposé la création d'un groupe de travail réunissant des techniciens du Reina Sofía, du Guggenheim Bilbao et des spécialistes internationaux afin de déterminer « réellement si le transfert est possible ou non et dans quelles conditions il devrait être effectué ». Il a décrit la requête basque comme un « prêt exceptionnel et temporaire de neuf mois » pour une œuvre qui, selon ses termes, « a déjà connu plus de 40 transferts, a voyagé dans le monde entier et n'a jamais, au grand jamais, atterri ni à Gernika ni en Euskadi ». La conseillère à la Gouvernance du Pays basque, María Ubarretxena, a déclaré séparément à Radio Euskadi que le gouvernement régional n'avait toujours pas reçu de réponse écrite officielle à ce qu'elle a qualifié de « demande formelle faite d'un gouvernement à un autre gouvernement ». Elle a insisté sur le fait que le transfert n'était « qu'une question de volonté politique », soulignant les avancées en technologie de conservation, et a affirmé que le gouvernement basque serait disposé à couvrir les coûts et à fournir ses propres experts. „Nous attendons toujours cette réponse et tout ce que nous voulons, c'est qu'elle soit analysée, car jusqu'à présent nous connaissons le rapport du musée, mais celui-ci ne précise pas dans quelles circonstances le transfert d'un tableau peut être réalisé.” — María Ubarretxena via Europa Press La remarque d'Ayuso sur le caractère « plouc » de la demande enflamme le débatLe différend a pris une tournure politique plus vive lorsque Isabel Díaz Ayuso, présidente de la Communauté de Madrid, a qualifié la demande basque de « plouc » (utilisant le terme espagnol « paleta ») et a soutenu que la proposition « n'avait aucun sens ». Mme Ayuso a défendu la place du tableau à Madrid et a fait remarquer avec ironie que si l'origine devait déterminer l'emplacement, « toute l'œuvre de Picasso » devrait être envoyée à Malaga, ville natale du peintre. Elle a également insisté sur le fait que « la culture est universelle », un commentaire qui a suscité de vives réactions au Pays basque. M. Urtasun, pour sa part, s'est distancé des propos de Mme Ayuso, affirmant qu'il s'opposait à ceux qui « ont qualifié cette demande de grossière ». Le gouvernement espagnol a indiqué qu'il s'en remettrait à l'avis des « professionnels » et ne « recourrait jamais à l'insulte », marquant une distinction entre sa justification technique et la rhétorique politique de la présidente de Madrid. Cet épisode a mis en lumière une tension persistante entre la volonté de reconnaissance symbolique du mouvement nationaliste basque et la position du gouvernement central selon laquelle la protection du patrimoine doit primer sur les considérations politiques.Gernika : Dates clés du différend: — ; — ; — ; — ; —

Mentioned People

  • Imanol Pradales — Lehendakari rządu baskijskiego od 2024 roku
  • Ernest Urtasun — Minister kultury i rzecznik partii Sumar
  • Isabel Díaz Ayuso — Prezydent Wspólnoty Madrytu od sierpnia 2019 roku
  • María Ubarretxena — Baskijska minister ds. administracji, cyfryzacji i samorządu
  • Pedro Sánchez — Premier Hiszpanii

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